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Depuis Het blindst van de vlek (La tache la plus aveugle, 1982) les poèmes de Gerrit Kouwenaar se placent pour une bonne part dans le décor de la maison qu'il venait d'acquérir dans le Languedoc ces années-là et qu'il habite depuis, du printemps à l'automne.Si Kouwenaar situe encore, en 1978, l'espace de sa poésie dans " un jardin dans le rien ", à partir de 1982 cet espace coïncide avec les dimensions d'un jardin bien réel, qui lui inspire un dialogue continu avec les forces de la vie et de la mort, un thème qui s'est insinué de plus en plus dans ses poèmes au fur et à mesure que le temps le rapproche de sa propre mort. La manière dont le jardin lui fait cadeau de nouveaux symboles pour exprimer la lutte contre le temps est par exemple reconnaissable dans le destin d'un sureau.Dans le poème " une odeur de plumes brûlées ", le poète " plaint le sureau qui s'étiole " ; dans " une nuit d'hiver ", il est " longuement assis à regarder comment le tronc cancérisé/du vieux sureau brûlait ". Dans " un printemps ", un nouvel arbre semble fleurir du tronc de l'ancien sureau. Enfin le printemps, le sureau exultait dans la fleur de l'âge après que son ancêtre cancérisé avait été incinéré en silence ce soir d'hiver.Le secret de ce dernier pan de la poésie de Kouwenaar réside dans cette manière de partir de quelques observations simples et d'enrichir d'harmoniques le poème par la seule résonance des mots. En vue du présent recueil, les traducteurs ont eu le privilège de pouvoir reprendre avec l'auteur le détail de leurs traductions, et ils ont pu constater combien ces objets-mots, à quoi aspirent ses poèmes, sont ancrés dans une réalité bien personnelle.Mais après la énième anecdote, Gerrit Kouwenaar semble vouloir s'excuser en murmurant entre ses dents : " Au fond, un poème n â besoin d'aucune explication pour exister. "